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Rythmes scolaires : ce n’est pas qu’une question de rythme…
Le débat sur les rythmes scolaires paraît plutôt mal engagé, non seulement à cause des cafouillages politiques et de leur amplification médiatique, mais surtout parce qu’il n’est pas certain que la focalisation sur la semaine de travail ou les périodes de vacances permette de bien juger des enjeux, deux points sur lesquels les améliorations ne sont quand même pas hors de portée, surtout si l’on veut bien considérer que les neuf demi-journées de travail sont de longue date la règle dans le secondaire et que les écoles primaires ont tout à fait le droit de les adopter, c’est légal, ce qu’ont déjà fait ces dernières années un certain nombre d’entre elles.
Pour ce qui est du rythme annuel, un simple coup d’œil sur le calendrier permet de se rendre compte que l’alternance de sept semaines de travail et deux semaines de congé, recommandée par les spécialistes de la question, n’est mise à mal que par l’absurdité qui consiste à faire débuter les congés d’hiver cinq semaines après ceux de Noël, zonage des académies oblige, résultat d’un intense lobbying du tourisme de montagne. « Si on nous enlève ces quatre semaines pleines [de février], on est foutus » : ce cri d’orfraie du président de l’industrie hôtelière touristique (Vousnousils, 18/05/2012) confirme qu’on est quand même là assez loin de l’intérêt des élèves.
Par contre, comme le fait remarquer Philippe Watrelot dans sa revue de presse (18/05/2012), la question des rythmes scolaires n’est « pas forcément la meilleure entrée pour réformer le système car elle risque de cristalliser les débats tout en étant un sujet complexe à démêler ». La meilleure entrée effectivement, ne serait-elle pas de s’interroger sur ce que l’on fait des heures, des journées, des semaines de classe, c’est-à-dire sur les contenus, les programmes, les méthodes pédagogiques ? Et de se demander également comment il se fait que, pour l’école primaire, les heures de cours s’élèvent à un total annuel de 864 heures en France, contre, par exemple, 798 heures en Angleterre, 564 en Allemagne ou encore 569 en Finlande, le tout pour des résultats qui n’ont rien d’exceptionnel.
Mais remettre en cause les programmes, n’est-ce pas trop demander pour un pays qui fait de la suppression de l’histoire en terminale S un drame national, du déclin du latin le signe de la fin de la culture, où l’on s’indigne de ce que l’on n’enseignerait plus l’histoire de Clovis ou de Charles Martel, où d’autres réclament encore pas moins d’une dictée par jour pour les écoliers ? La question des rythmes scolaires devrait tout naturellement, au risque de passer à côté de l’essentiel, conduire à un véritable questionnement sur les savoirs scolaires, leur pertinence et leur construction tout au long d’une scolarité. Sauf erreur de ma part, cette démarche globalisante est un peu celle du socle commun…
Comme il va de soi qu’une telle réflexion sur les programmes induit une redéfinition du métier d’enseignant mais aussi rend indispensable une refonte de la formation de ces derniers, on conviendra que, sur la question des rythmes scolaires, il faudra se garder comme de la peste des réponses simplistes.
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Base élèves, évaluations nationales, Affelnet 6ème : les menaces et les sanctions continuent !
Malgré les récentes annonces de Vincent Peillon, nouveau ministre de l’Education Nationale, concernant la prochaine disparition des évaluations CE1 et CM2, l’administration menace toujours de mettre au pas les directeurs d’école et les enseignants qui refusent de ficher les enfants :
- Dans le Morbihan, une enseignante, Marie-Noëlle Robin-Decayeux, qui fait fonction de directrice sur une école à deux classes, est actuellement très violemment attaquée par sa Directrice Académique des Services départementaux de l’Education Nationale (ex IA) qui l’a menacée ainsi : « Mme X refuse de transmettre les résultats des évaluations nationales par informatique et refuse Base élèves donc elle ne pourra retrouver son poste de direction l’an prochain si elle ne se soumet pas ! » (http://sud.education56.ouvaton.org/spip/spip.php?article246). Le cas est quasiment analogue à celui de Philippe Wain dans le Loir et Cher l’année dernière.
- Dans plusieurs départements, le DASEN vient d’informer tous les directeurs des écoles privées et publiques que la campagne d’évaluation des élèves se déroulera du 21 au 25 mai 2012, que cette procédure concerne tous les élèves de CE1 et CM2, avec un calendrier précis, et que, dès le 14 mai 2012, le directeur de chaque école aura accès à l’application web académique dans laquelle il pourra paramétrer la campagne et télécharger l’application locale nécessaire à la saisie des résultats, avant de les faire remonter.
- Dans l’Ain, trois enseignants se sont vus refuser l’inscription sur la liste d’aptitude à la fonction de directeur pour n’avoir pas caché au cours de l’entretien leur opinion défavorable quant au fichier Base élèves (http://retraitbaseeleves.wordpress.com/2012/03/05/chasse-aux-sorcieres-ia-ain/).
- Dans l’Eure, la Loire et en Seine-Saint-Denis, c’est un véritable chantage à l’affectation en 6ème que subissent toujours les directeurs d’écoles opposés à Base élèves (http://retraitbaseeleves.wordpress.com/2012/03/24/chantage-discrimination-affelnet-ravages/).
Le Collectif National de Résistance à Base Elève n’a de cesse de rappeler tous les risques inhérents à Base élèves et aux fichiers qui lui sont liés : interconnexions occultes, sécurisations à géométrie variable, mécanisation de la pédagogie, etc. Plusieurs divulgations accidentelles de données personnelles issues de Base élèves sur internet se sont déjà produites, démontrant malheureusement que l’administration ne peut pas garantir la sécurité des données collectées dans ces fichiers.
Notre collectif s’étonne toujours que des hauts fonctionnaires puissent utiliser, comme ce fut le cas avec Philippe Wain, des méthodes qui ne respectent aucune règle, ni administrative ni juridique, et méprisent les textes qui régissent le statut des enseignants. Le 10 décembre 2009, la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, le Rapporteur spécial sur le droit à l’éducation et le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants sont pourtant intervenus auprès de la France pour soutenir les directeurs qui refusent de remplir Base élèves. Cette intervention avait été révélée dans un rapport publié le 12 mars 2010 où la Rapporteuse « exhorte le gouvernement français à répondre au plus vite aux craintes exprimées » que les sanctions et menaces de sanctions « soient liées à leurs activités non violentes de protection et de promotion des droits de l’homme, notamment du droit au respect de la vie privée. » (http://retraitbaseeleves.wordpress.com/2010/03/12/droits-enfants-directeurs-confortes-onu/).
Le CNRBE continuera d’apporter tout son soutien à ces directeurs d’école et à ces enseignants qui, malgré les menaces et les sanctions de leur hiérarchie, ont le courage de s’opposer au fichage des enfants et assument ainsi pleinement les responsabilités qui sont les leurs (http://retraitbaseeleves.wordpress.com/2012/03/26/remplir-affelnet-engage-la-responsabilite-des-directeurs/).
Il appelle notamment tous ceux qui le peuvent à venir se rassembler le mardi 22 mai, en soutien à Marie-Noëlle Robin-Decayeux.
RASSEMBLEMENT DÉPARTEMENTAL
DEVANT L’ÉCOLE DE St AIGNAN (56)
LE MARDI 22 MAI A 18h30
Plus d’informations dans notre page Morbihan.
Tagged base élèves, Désobéissance
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une question de rythme
Vincent Peillon n’était pas encore installé dans son nouveau bureau du ministère qu’il annonçait déjà pour la rentrée 2013 la fin programmée de la semaine de 4 jours en primaire. Cet empressement à satisfaire à une doléance portée depuis plusieurs années par la FCPE a suscité des réactions immédiates afin de rappeler au nouveau ministre qu’il y a des rythmes à respecter, notamment en matière de discussion. Le changement c’est aussi le retour du dialogue, de la concertation, des pratiques qui avaient disparu au cours du dernier lustre et avec lesquelles il serait bien de renouer. D’ailleurs Ségolène Royal, en bonne maîtresse d’école, n’a pas manqué de le rappeler dans l’heure qui a suivi : «Je pense que la journée d’une passation de pouvoirs, ce n’est pas le moment de faire des annonces. Sur le fond, ça va dans la bonne direction, ce qu’il a dit, mais il faut respecter la phase de consultation et l’arbitrage du premier ministre« . Le lendemain, sur France Inter, Super Ayrault lui même recadrait gentiment Peillon en déclarant que même si «Vincent Peillon a eu raison de rappeler que c’était une priorité, [...] la méthode, c’est la concertation [...]. Il y aura une concertation avec les enseignants, les parents d’élèves, les professionnels, tous ceux qui ont leur mot à dire, et puis, à la fin de cette concertation, il y aura un arbitrage, je le prendrai, pour que l’objectif principal soit respecté.» Pour Ayrault, le changement « c’est pas maintenant »
Vincent Peillon aurait gaffé ! Pourtant, François Hollande disait à Orléans « Les rythmes scolaires seront réformés, en allongeant le temps sur l’année et en diminuant les surcharges journalières ». En recadrant son ministre de l’Education, peut-être pour asseoir son autorité ou sa méthode, Jean-Marc Ayrault ne sait pas qu’il a commis une faute politique en niant le passé et en handicapant l’avenir. Et si c’était JM Ayrault qui avait gaffé ?
Le CNRBE écrit à Vincent Peillon
Le Collectif vient d’adresser un courrier au nouveau ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon pour lui demander d’intervenir sérieusement sur la question des fichiers scolaires, surtout suite au dernier répertoire (RNIE) créé par son prédécesseur avant que n’intervienne l’alternance politique du 6 mai dernier. Ce courrier lui a été adressé avec notre analyse juridique du 14 mars dernier.
Monsieur le Ministre de l’Education Nationale,
Depuis plusieurs années ont été mises en place dans notre pays, sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale, des procédures de traçage informatisé effectuant des compilations de données personnelles des élèves, des étudiants et de leurs proches, et ouvrant la porte à tous types de croisements échappant au contrôle démocratique. Ces fichiers, dont Base élèves 1er degré et la Base Nationale des Identifiants Elèves (BNIE), ont pour la plupart été conçus et renseignés sans aucune information préalable et en dehors de tout débat parlementaire – parfois même hors de tout cadre légal – et posent de graves problèmes pédagogiques, juridiques, philosophiques et éthiques.
Ces fichiers sont mis en oeuvre au prétexte de faciliter la gestion des élèves et à des fins d’études statistiques. Or leur caractère indispensable pour le bon fonctionnement de l’école n’a jamais été démontré. Les données chiffrées anonymes sont suffisantes pour la gestion des effectifs des écoles, et le travail par échantillons ou panels est une garantie pour la qualité des études statistiques et pour les libertés individuelles.
Depuis plus de trois ans maintenant, des fonctionnaires d’État, enseignants, directeurs d’écoles, se dressent contre ce fichage généralisé de l’enfance, au risque de se voir lourdement sanctionner. De nombreux parents d’élèves partout sur le territoire, réclament l’abandon de ce système, portent plainte au pénal, au tribunal administratif, et saisissent le doyen des juges d’instruction. Des syndicats d’avocats, de magistrats, d’enseignants, des fédérations de parents, la Ligue des Droits de l’Homme… ont témoigné de leur souhait de voir stopper cette grave atteinte aux valeurs qui fondent notre république. Ils sont rejoints en ce sens par un nombre croissant d’élus et de collectivités territoriales, comme le montrent les nombreuses motions votées ces derniers mois par des mairies, conseils généraux et conseils régionaux.
Ces fichiers, et Base élèves en particulier, ont été dénoncés en juin 2009 par le Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies comme remettant en cause le principe de confidentialité, le respect de la vie privée, et le droit à l’éducation. Le Comité a recommandé notamment à la France que “seules des données anonymes soient entrées dans des bases de données, et que l’utilisation des données collectées soit réglementée par la loi de manière à en prévenir un usage abusif.”
En décembre 2009, trois Rapporteurs spéciaux des Nations Unies sont intervenus auprès de la France, pour que soient levées les sanctions (retraits de salaire, retraits de poste de direction, mutations d’office) prises à l’encontre de plusieurs directeurs d’écoles qui refusaient de renseigner le fichier Base élèves, reconnus à ce titre « défenseurs des droits de l’homme menacés en raison de leurs activités en faveur des droits de l’enfant », sans résultat.
En juillet 2010, le Conseil d’État a rétabli le droit d’opposition des parents au fichage de leur enfant et confirmé l’illégalité de tout rapprochement ou mise en relation de données de Base élèves avec d’autres fichiers. Or depuis, l’administration refuse systématiquement toutes les demandes de parents en ce sens. Elle multiplie par ailleurs les interconnexions de Base élèves avec de nouveaux fichiers, usant de simples déclarations modificatives adressées à la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés. C’est ainsi que dès cette année, en couplant Base Élèves 1er degré, le Livret Scolaire Numérique (LSN) et le Livret Personnel de Compétences (LPC), l’État met en place silencieusement le fichage des compétences de tous les citoyens, dès l’école et tout au long de la vie.
Le dernier fichier en date, le Répertoire National des Identifiants Élèves (RNIE), a été créé par un simple arrêté le 16 février dernier. Ces identifiants (INE), générés automatiquement lors de la première inscription dans Base élèves, immatriculent chaque enfant dès l’âge de trois ans et sont introduits dans la plupart des fichiers scolaires, qu’ils permettent d’interconnecter facilement les uns avec les autres. Cette immatriculation permet de mettre en œuvre des procédures automatisées échappant à tout contrôle (notamment pour l’orientation) et organise un véritable traçage des élèves, ouvrant la porte à toutes les dérives. À terme, ce traçage pourra être utilisé pour restituer à volonté, jusque dans la vie professionnelle, toute la vie scolaire et étudiante d’un enfant, le privant ainsi du droit à l’oubli prévu par la Loi Informatique et Libertés.
Devant le peu de cas fait par vos prédécesseurs des recommandations du Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies, du rappel à la loi adressé à la directrice des affaires juridiques du ministère par le parquet de Paris, du jugement du Conseil d’État du 19 juillet 2010, et devant le développement exponentiel des fichiers mis en place par le biais de l’école ces dernières années, plusieurs membres de notre collectif ont adressé le 14 mars dernier une mise en demeure aux Ministres de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et de la Vie Associative, et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
Nous ne doutons pas que le gouvernement auquel vous appartenez aura à cœur de mettre en œuvre une politique respectueuse des droits de l’enfant qui passera par l’abandon du vaste édifice de fichage mis en place par vos prédécesseurs, comme l’a annoncé M. Bruno Julliard lors d’une réunion publique à Saint Etienne le 16 mars dernier : “Le fichage mis en place par la droite avait été accompagné de sanctions lourdes pour les enseignants courageux qui avaient refusé de le pratiquer. Nous ne pouvons accepter ce fichage qui n’a aucune visée pédagogique : nous reviendrons dessus.”
Ainsi, nous vous appelons :
- À abandonner l’ensemble des fichiers mis en place à l’Éducation Nationale (Base Élèves, BNIE, RNIE, Sconet, Siecle, Affelnet, Admission post-bac, …) et l’immatriculation des enfants par l’attribution d’un numéro identifiant national (INE).
- À supprimer le Livret Personnel de Compétences (LPC) et tout dispositif numérique permettant une traçabilité des résultats et des parcours scolaires.
- À faire en sorte que les informations nominatives ne sortent pas des établissements scolaires, garantissant ainsi une réelle protection des données, le droit à l’oubli et la préservation du lien de confiance entre les familles et l’école.
- À considérer, dans toute chose le concernant, l’intérêt supérieur de l’enfant et à écarter tout dispositif qui lui porte atteinte, comme l’impose la ratification par la France de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.
- À lever toutes les sanctions prises à l’encontre des directeurs d’écoles qui refusent et ont refusé d’enregistrer des enfants dans Base Élèves, que ce soit pour s’opposer à ces dispositifs de fichage conformément à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ou pour respecter le droit d’opposition des parents rétabli par l’arrêt du Conseil d’État du 19 juillet 2010, et à faire en sorte que plus un seul enseignant ne soit sanctionné à l’avenir pour avoir refusé de ficher ses élèves.
Nous souhaitons vous rencontrer afin de débattre de ces questions. Nous sommes à votre disposition pour tout renseignement complémentaire et vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en notre attachement à la défense des droits et de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Le Collectif National de Résistance à Base Élèves (CNRBE), le 16 mai 2012
Pièces jointes :
- Demande au Ministère de l’Education Nationale (14 mars 2012)
- Analyse juridique du CNRBE (14 mars 2012)
Tagged base élèves
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Recadrages
Alors que jusqu’à présent il ne faisait aucune distinction entre public et privé en matière de créations de postes (règle du 80/20), Vincent Peillon infléchit maintenant ses positions pour respecter les promesses de François Hollande: les 60.000 postes créés dans le public et le privé le seront « à la proportionnelle des destructions » (toujours le même entretien à la radio).
…L’affaire devra d’ailleurs être suivie de près, puisque le ministre a déclaré que les créations concerneront non seulement des postes d’enseignants, mais aussi d’autres postes dont le système scolaire a besoin, comme des surveillants, par exemple, ce qui sent un peu l’entourloupe et revient à compenser des destructions perennes dans l’enseignement public par des créations provisoires à court terme [des CDD])
…Si l’un des membres de ce cabinet, Jean-Paul Delahaye, le conseiller spécial, connaît bien l’Education Nationale et pas seulement les couloirs du ministère, (successivement professeur, inspecteur de l’éducation nationale, directeur d’école normale et inspecteur d’académie, il est aussi professeur associé à l’Université René Descartes- Paris V et auteur de plusieurs livres sur l’éducation), les autres sont des technocrates, à commencer par le directeur de cabinet.
Pour le seconder à ce poste, Vincent Peillon a fait appel en effet à Pierre-Yves Duwoye, un habitué du ministère puisque ce haut fonctionnaire y a servi tous les pouvoirs depuis une trentaine d’années, et un excellent connaisseur des rouages administratifs de la maison puisqu’encore récemment (il y a tout juste un an) il occupait la double casquette de secrétaire général des ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
…Autre poste-clé du cabinet, le poste de directeur adjoint a été confié à Alexandre Siné (rien à voir avec le grand Siné), un inspecteur des finances agrégé de sciences économiques et docteur en sciences politiques qui s’est investi dans la campagne de François Hollande où il suivait de près les questions relatives à la gestion des personnels et à celle des masses salariales…
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15 mai 2012 : discours de François Hollande sur l’école.
L’école prend, comme attendu, une large place dans les discours d’investiture de M. Hollande.
On a beaucoup entendu et discutaillé sur la référence à Jules Ferry. Le nouveau président de la république dénonce explicitement et avec lucidité la défense de la colonisation par Jules Ferry comme « une faute morale et politique. »
Le discours ci-dessous inaugure une autre vision de l’école. Nous prenons acte des mots, et restons vigilants sur les actes, et sur la manière de les poser.
Texte et vidéo de ce disours à trouver ici.
*************************************************************
« Mesdames, Messieurs, Ch(è)r(e)s ami(e)s,
Dans l’histoire de la République, les grandes dates, les vraies étapes, les plus sûrs repères dans la marche du temps. Ce sont les lois.
Ici, en cet instant où commence un temps nouveau pour notre pays, je suis venu célébrer deux lois, que nous devons à l’obstination, à la volonté et au courage de Jules FERRY :
la loi du 16 juin 1881 relative à la gratuité de l’enseignement primaire ;
et la loi du 28 mars 1882 relative au caractère laïque et obligatoire de l’école.
Tout exemple connaît des limites, toute grandeur a ses faiblesses. Et tout homme est faillible. En saluant aujourd’hui la mémoire de Jules FERRY, je n’ignore rien de certains de ses égarements politiques. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit, à ce titre, être condamnée. Et c’est le grand Clémenceau qui porta en son temps le réquisitoire le plus implacable au nom de la conscience universelle.
C’est donc empreint de cette nécessaire lucidité que je suis venu saluer le législateur qui conçut l’école publique, le bâtisseur de cette grande maison commune, qu’est l’Ecole de la République.
Nous devons tant à l’instruction publique. Et nous attendons encore tellement de l’école au moment où notre pays affronte de nouveaux défis.
C’est ce message de confiance à l’égard de l’Education nationale que je suis venu exprimer au moment où je prends mes fonctions de président de la République.
L’école comme émancipation.
La connaissance, le goût d’apprendre, la jubilation de la découverte, le sens de la curiosité intellectuelle, sont des trésors auxquels l’Ecole a pour vocation de préparer toutes les jeunes consciences, tous les enfants de la Nation.
L’Ecole, comme lieu de la véritable égalité.
Celle des chances, celle qui ne connaît comme seuls critères de distinction que le mérite, l’effort, le talent car la naissance, la fortune, le hasard établissent des hiérarchies que l’Ecole a pour mission, sinon d’abolir, du moins de corriger.
Cette égalité impose la justice entre les territoires : comment accepter qu’un enfant ait plus de chances de réussir s’il a grandi ici plutôt que là ?
L’Ecole, c’est l’arme de la justice. Et la justice, c’est la mixité sociale. C’est à cette tâche noble entre toutes que l’Ecole se dévoue depuis plus d’un siècle.
Faire de l’Ecole un lieu d’intégration de tous les enfants de la République reste la plus belle de nos ambitions nationales.
Voilà pourquoi j’ai décidé que priorité sera accordée aux écoles des quartiers populaires et à celles de certaines zones rurales.
Laïcité.
Lieu de l’égalité, l’école publique est aussi celui de la laïcité.
Elle est le cadre où s’acquiert la liberté de conscience, cette « liberté souveraine de l’esprit ; (…) cette idée qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir et aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la raison humaine. » comme la définissait Jean JAURES.
La confiance dans les ressources de leur propre esprit, et les moyens de trouver ces facultés, de les exploiter, de les développer, de les exercer souverainement : voilà ce que l’Ecole doit apporter à tous ses enfants. Voilà ce que l’Etat doit permettre à l’Ecole d’être.
L’Esprit de la République.
Par son œuvre de législateur, Jules FERRY a fait de l’école publique ce qu’elle est : un droit. Tous les enfants de France ont le droit d’étudier. Ils en ont même le devoir. Personne ne peut se voir refuser ce droit, nul ne peut s’exonérer de ce devoir.
Mais l’Ecole est bien plus que cela.
L’école est l’esprit de la République.
Je veux qu’elle retrouve tous les moyens d’être fidèle à sa vocation.
Je veux lui rendre sa confiance en elle-même, sa foi dans ses propres capacités, sa volonté d’être conforme à son histoire et à son avenir.
L’Ecole a besoin de réformes.
Elle attend aussi de la considération de la Nation et du soutien de l’Etat.
Mais elle doit aussi être assurée de ses ressources. On ne peut enseigner correctement sans un encadrement suffisant de nos enfants. C’est la raison de mon engagement à recruter 60 000 personnels sur la durée de mon mandat.
Formation professionnelle des enseignants.
Le 1er août 1879, comme ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Jules FERRY soulignait la nécessité d’une bonne formation de ceux qui sont appelés à dispenser l’enseignement : « Car savoir est une chose, enseigner ce qu’on sait est une chose bien plus difficile. On peut être un bachelier très éminent et cependant être un très mauvais maître d’école. Cette nécessité d’une préparation toute professionnelle est manifeste pour ces délicates fonctions ».
Comment a-t-on pu renier cette déclaration de bon sens ?
Voilà pourquoi je rétablirai la formation professionnelle des enseignants.
Haute fonction.
Pour honorer ses missions, je sais pouvoir compter sur le dévouement, le courage, des personnels de l’Education nationale. C’est vers eux que je me tourne, c’est à eux que j’adresse mes premiers mots en tant que président de la République.
Aux professeurs des écoles, aux enseignants du secondaire, aux universitaires, aux chercheurs, à tous les agents — des plus modestes au plus prestigieux — à tous ceux qui ont fait le choix de servir la connaissance et d’éveiller les consciences, je veux dire : vous êtes au service de la France.
Je sais la difficulté de votre tâche.
J’en sais la grandeur.
Les années qui viennent doivent être celles d’une nouvelle hiérarchie des valeurs, au sommet de laquelle la science, l’intelligence, la volonté d’apprendre et de transmettre seront les vertus les mieux reconnues et les plus respectées.
Tant de choses ont changé !
Les conditions du travail de l’enseignant. Les comportements des élèves ou l’irruption de la technologie numérique dans nos vies et dans nos classes.
Mais une chose est pérenne : si le savoir n’est pas le monopole du maître, celui-ci garde la responsabilité d’en ordonner le sens.
Et l’Ecole garde toujours cette haute fonction que Jules FERRY lui conférait dans cette même Lettre aux Instituteurs : « (…) préparer à notre pays une génération de bons citoyens ».
Principes vivants.
Egalité, mixité, laïcité, instruction, apprentissage de la citoyenneté :
Tels sont les principes contenus dans les lois dites Ferry.
Ils sont vivants.
Ils trouveront toute leur place dans la politique que je conduirai pour que la génération qui vient vive mieux que la nôtre et pour que la promesse républicaine soit scrupuleusement tenue.
Réseau Informel de Réflexion sur l’Education 2012-05-18 10:49:00
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Par Gus Viseur
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Fichage des enfants : lettre au nouveau ministre de l’éducation nationale.
Un texte rédigé par Le Collectif National de Résistance à Base Elèves et publié le 17 mai 2012, ici.
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à M. Vincent Peillon
— Ministère de l’éducation nationale
— 110 rue de Grenelle
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Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, Depuis plusieurs années ont été mises en place dans notre pays, sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale, des procédures de traçage informatisé effectuant des compilations de données personnelles des élèves, des étudiants et de leurs proches, et ouvrant la porte à tous types de croisements échappant au contrôle démocratique. Ces fichiers, dont Base élèves 1er degré et la Base Nationale des Identifiants Elèves (BNIE), ont pour la plupart été conçus et renseignés sans aucune information préalable et en dehors de tout débat parlementaire – parfois même hors de tout cadre légal – et posent de graves problèmes pédagogiques, juridiques, philosophiques et éthiques.
Ces fichiers sont mis en œuvre au prétexte de faciliter la gestion des élèves et à des fins d’études statistiques. Or leur caractère indispensable pour le bon fonctionnement de l’école n’a jamais été démontré. Les données chiffrées anonymes sont suffisantes pour la gestion des effectifs des écoles, et le travail par échantillons ou panels est une garantie pour la qualité des études statistiques et pour les libertés individuelles. Depuis plus de trois ans maintenant, des fonctionnaires d’Etat, enseignants, directeurs d’écoles, se dressent contre ce fichage généralisé de l’enfance, au risque de se voir lourdement sanctionner. De nombreux parents d’élèves partout sur le territoire, réclament l’abandon de ce système, portent plainte au pénal, au tribunal administratif, et saisissent le doyen des juges d’instruction. Des syndicats d’avocats, de magistrats, d’enseignants, des fédérations de parents, la Ligue des Droits de l’Homme… ont témoigné de leur souhait de voir stopper cette grave atteinte aux valeurs qui fondent notre république. Ils sont rejoints en ce sens par un nombre croissant d’élus et de collectivités territoriales, comme le montrent les nombreuses motions votées ces derniers mois par des mairies, conseils généraux et conseils régionaux. Ces fichiers, et Base élèves en particulier, ont été dénoncés en juin 2009 par le Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies comme remettant en cause le principe de confidentialité, le respect de la vie privée, et le droit à l’éducation. Le Comité a recommandé notamment à la France que « seules des données anonymes soient entrées dans des bases de données, et que l’utilisation des données collectées soit réglementée par la loi de manière à en prévenir un usage abusif. »
En décembre 2009, trois Rapporteurs spéciaux des Nations Unies sont intervenus auprès de la France, pour que soient levées les sanctions (retraits de salaire, retraits de poste de direction, mutations d’office) prises à l’encontre de plusieurs directeurs d’écoles qui refusaient de renseigner le fichier Base élèves, reconnus à ce titre « défenseurs des droits de l’homme menacés en raison de leurs activités en faveur des droits de l’enfant », sans résultat. En juillet 2010, le Conseil d’Etat a rétabli le droit d’opposition des parents au fichage de leur enfant et confirmé l’illégalité de tout rapprochement ou mise en relation de données de Base élèves avec d’autres fichiers. Or depuis, l’administration refuse systématiquement toutes les demandes de parents en ce sens. Elle multiplie par ailleurs les interconnexions de Base élèves avec de nouveaux fichiers, usant de simples déclarations modificatives adressées à la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés.
C’est ainsi que dès cette année, en couplant Base Elèves 1er degré, le Livret Scolaire Numérique (LSN) et le Livret Personnel de Compétences (LPC), l’Etat met en place silencieusement le fichage des compétences de tous les citoyens, dès l’école et tout au long de la vie.
Le dernier fichier en date, le Répertoire National des Identifiants Elèves (RNIE), a été créé par un simple arrêté le 16 février dernier. Ces identifiants (INE), générés automatiquement lors de la première inscription dans Base élèves, immatriculent chaque enfant dès l’âge de trois ans et sont introduits dans la plupart des fichiers scolaires, qu’ils permettent d’interconnecter facilement les uns avec les autres. Cette immatriculation permet de mettre en œuvre des procédures automatisées échappant à tout contrôle (notamment pour l’orientation) et organise un véritable traçage des élèves, ouvrant la porte à toutes les dérives. À terme, ce traçage pourra être utilisé pour restituer à volonté, jusque dans la vie professionnelle, toute la vie scolaire et étudiante d’un enfant, le privant ainsi du droit à l’oubli prévu par la Loi Informatique et Libertés. Devant le peu de cas fait par vos prédécesseurs des recommandations du Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies, du rappel à la loi adressé à la directrice des affaires juridiques du ministère par le parquet de Paris, du jugement du Conseil d’Etat du 19 juillet 2010, et devant le développement exponentiel des fichiers mis en place par le biais de l’école ces dernières années, plusieurs membres de notre collectif ont adressé le 14 mars dernier une mise en demeure aux Ministres de l’Education Nationale, de la Jeunesse et de la Vie Associative, et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Nous ne doutons pas que le gouvernement auquel vous appartenez aura à cœur de mettre en oeuvre une politique respectueuse des droits de l’enfant qui passera par l’abandon du vaste édifice de fichage mis en place par vos prédécesseurs, comme l’a annoncé M. Bruno Julliard lors d’une réunion publique à Saint Etienne le 16 mars dernier : “Le fichage mis en place par la droite avait été accompagné de sanctions lourdes pour les enseignants courageux qui avaient refusé de le pratiquer. Nous ne pouvons accepter ce fichage qui n’a aucune visée pédagogique : nous reviendrons dessus.”
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